Grammar Wars : pourquoi le masculin l’emporte toujours en 2017

Mardi 7 novembre 2017. Quelques 314 « enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et du français langue étrangère » déclarent qu’ils n’enseigneront plus la règle grammaticale controversée dite du « masculin l’emporte sur le féminin« .

Contrairement à ce que l’on peut penser à la première lecture, cette règle n’est pas en lien direct avec l’écriture inclusive, autre tendance grammaticale de 2017, qui fera l’objet d’un autre article sur ce blog.

Que dit cette fameuse règle ?

« Le masculin l’emporte sur le féminin » traduit en des termes simples le principe grammatical suivant : lorsque l’adjectif se rapporte à plusieurs noms de genres différents, il se met au masculin pluriel (cf. Bescherelle, La Grammaire pour tous, éd. Hatier, 2015).

Exemple : un pantalon et une robe bleus.

Bien que la robe soit un mot féminin, le masculin l’emporte toujours, et l’adjectif s’accordera toujours au masculin. Et cela vaut également en présence d’une majorité !

Exemple : un pantalon et trois robes bleus.

Pourquoi ? Et bien, parce que. 

Aujourd’hui, cette règle est remise en cause par ces 314 professeurs, et par de nombreux militants, plus ou moins féministes, avant eux. Parce qu’elle est tout à fait arbitraire, parce qu’elle résulte d’une volonté politique à l’origine très subjective, et surtout parce qu’elle véhicule une représentation des genres franchement désuète.

Les raisons de la colère

Les « profs en colère » invoquent dans leur manifeste 3 raisons principales :

  1. Cette règle est très récente

Elle a en effet été adoptée au XVIIIème siècle, alors qu’auparavant, on utilisait d’autres méthodes d’accord (telles que l’accord par proximité, cf. ci-dessous).

2. Ses auteurs n’étaient pas très objectifs

Pourquoi décider subitement que « le masculin l’emporte » ? La raison est très clairement exprimée par Nicolas Beauzée, un linguiste (et Académicien…) du XVIIIème siècle. Je vous laisse apprécier.

« Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

Comme quoi, tout ce qui est récent n’est pas nécessairement moderne…

3. Elle véhicule une certaine représentation du genre

L’idée véhiculée par cette règle très imagée du « masculin l’emporte sur le féminin » est bien sûr celle que M. Beauzée et ses contemporains avaient en tête. Elle suppose une évidence pour eux, à savoir que la femme est forcément moins bien, moins forte et moins qualifiée que l’homme.

Comment continuer à enseigner cette règle telle qu’elle est, tout en éduquant en parallèle les enfants à l’égalité hommes-femmes ? Comment défendre cette égalité, alors que la grammaire, inculquée aux enfants dès la primaire, reconnaît elle-même une supériorité d’un genre sur l’autre ?

Sans verser dans le militantisme féministe, les professeurs expliquent objectivement leur décision. Ils offrent même une alternative pour combler le retrait de la règle.

La règle est morte ! Vive la règle !

Il est évident qu’on ne peut pas vraiment « annuler » la règle sans la remplacer par autre chose. La nature, et encore plus la grammaire française, a horreur du vide.

En l’occurence, 3 alternatives sont proposées pour remplacer la vieille règle. Je vous propose une lecture simplifiée :

Règle de proximité

C’est la règle qui était en vigueur avant le XVIIIème siècle. En latin ou en grec, voire en vieux français, on accordait l’adjectif avec le nom le plus proche. S’il était féminin, il était féminin, s’il était masculin, il était masculin. Rien de plus objectif !

Exemple : un pantalon et une robe bleues.

Exemple : une robe et un pantalon bleus.

Accord de majorité

C’est une règle qui ravira les mathématiciens qui me lisent ! Cet accord consiste à compter les noms en lice, et à décerner le trophée de l’accord au vainqueur numériquement supérieur.

Pas clair ? Et pourtant, c’est si simple :

Exemple : trois pantalons et une robe bleus.

Exemple : trois robes et un pantalon bleues.

Accord au choix

Comme son nom l’indique, cet accord suppose que vous choisissiez vous-mêmes l’accord que vous préférez.

Moi, par exemple, j’ai envie de mettre du masculin aujourd’hui, parce que pourquoi pas.

Exemple : Je porte un pantalon et une blouse bleus.

Mais demain, j’aurai certainement envie de l’inverse.

Exemple : Je porte un pantalon et une blouse bleues.

L’avenir nous dira si l’Education Nationale abonde dans le sens de ces 314 profs rebelles ; en attendant, je vous propose de voir laquelle vous convient le mieux.

PS : Si le sujet vous intéresse, je vous propose de prendre connaissance de l’article très complet du Monde, publié en 2012.

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Une réflexion au sujet de « Grammar Wars : pourquoi le masculin l’emporte toujours en 2017 »

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